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Deux nutriments qui s’aideraient mutuellement à protéger le cerveau : l’idée est séduisante.
Elle ne sort pas de nulle part.
Plusieurs études menées notamment par des équipes de l’université d’Oxford et de l’université de Wageningen suggèrent qu’il pourrait exister une interaction entre les oméga-3, les vitamines B et certaines fonctions cérébrales.
Une hypothèse biologique permet même d’expliquer pourquoi.
Le DHA, l’un des principaux oméga-3 présents dans le cerveau, circule dans l’organisme sous différentes formes lipidiques. Certaines voies impliquant la phosphatidylcholine dépendent indirectement du métabolisme de l’homocystéine, lui-même lié notamment aux vitamines B6, B9 et B12.
Alors faut-il associer oméga-3 et vitamines B pour la mémoire ? Un bon statut en vitamines B améliore-t-il l’utilisation du DHA par le cerveau ? Et inversement, les vitamines B fonctionnent-elles mieux lorsque l’organisme dispose de suffisamment d’oméga-3 ?
Les résultats disponibles sont intrigants.
Mais ils ne vont pas tous dans le même sens.
À ce jour, il existe une hypothèse scientifique crédible d’interaction entre oméga-3 et vitamines B, mais pas de preuve suffisante pour recommander leur association afin d’améliorer la mémoire ou de prévenir le déclin cognitif.
L’idée vient d’un carrefour du métabolisme qui relie les acides gras, les phospholipides et le cycle de l’homocystéine.
Le DHA, ou acide docosahexaénoïque, fait partie des principaux oméga-3 à longue chaîne avec l’EPA.
Il est particulièrement présent dans les membranes des cellules du système nerveux.
La réglementation européenne reconnaît d’ailleurs que :
le DHA contribue au fonctionnement normal du cerveau
lorsque l’apport quotidien atteint 250 mg.
Cela ne signifie pas que le DHA améliore à lui seul la mémoire ou la concentration.
Cela signifie qu’il fait partie des nutriments participant au fonctionnement physiologique normal du cerveau.
Pour aller plus loin :
Les oméga-3 aident-ils la mémoire Le rôle du DHA dans le cerveau
Dans le sang, le DHA circule sous différentes formes lipidiques, notamment au sein de phospholipides.
La phosphatidylcholine est l’un des principaux phospholipides de l’organisme et constitue également un composant important des membranes cellulaires.
Certaines recherches suggèrent que le transport et le métabolisme du DHA peuvent être influencés par les voies de synthèse de la phosphatidylcholine.
C’est ici que les vitamines B entrent dans l’hypothèse.
Une partie de la synthèse de la phosphatidylcholine est liée à des voies métaboliques qui interagissent avec le cycle de l’homocystéine.
Autrement dit, il existe une plausibilité biologique permettant d’imaginer une interaction entre le statut en vitamines B et le métabolisme de certains lipides contenant du DHA.
Cela reste cependant un mécanisme proposé pour expliquer les observations des études, et non la preuve qu’une supplémentation combinée améliore les performances du cerveau.
L’homocystéine est un acide aminé produit naturellement au cours du métabolisme de la méthionine.
L’organisme doit ensuite la recycler par différentes voies métaboliques.
Plusieurs vitamines B interviennent dans ces réactions :
vitamine B6
vitamine B9, ou folates
vitamine B12
Lorsque ces vitamines sont insuffisantes, le métabolisme de l’homocystéine peut être perturbé.
Un taux sanguin élevé d’homocystéine ne signifie cependant pas automatiquement qu’une personne manque de vitamines B : l’âge, la fonction rénale, certains médicaments, la génétique et d’autres facteurs peuvent également intervenir.
L’homocystéine peut être mesurée par une prise de sang lorsqu’un professionnel de santé juge cet examen pertinent.
On peut résumer l’hypothèse ainsi :
DHA → phospholipides → membranes cérébrales
et, parallèlement :
vitamines B6, B9 et B12 → métabolisme de l’homocystéine → voies métaboliques liées aux phospholipides
Des chercheurs ont donc proposé que le statut en vitamines B puisse influencer certains effets observés avec les oméga-3, et inversement.
Une image aide à comprendre.
Imaginez une livraison.
Le DHA représente la marchandise.
Certains phospholipides représentent les véhicules qui la transportent.
Les vitamines B participent à certaines voies métaboliques utilisées par l’usine qui fabrique ou transforme ces véhicules.
Mais cette image reste une représentation simplifiée d’un système biologique beaucoup plus complexe.
La question importante est donc :
Observe-t-on réellement cette interaction chez l’être humain ?
Consultez aussi : La puissance des Oméga-3 : pourquoi sont-ils essentiels ?
VITACOG est probablement l’étude qui a le plus contribué à l’hypothèse d’une interaction entre vitamines B et oméga-3.
L’essai VITACOG a inclus 266 personnes âgées de 70 ans ou plus présentant des troubles cognitifs légers.
Pendant deux ans, une partie des participants a reçu quotidiennement :
Les participants ne recevaient pas d’oméga-3 dans le cadre de l’intervention.
Une analyse portant sur 168 participants ayant passé deux IRM a donné un résultat intéressant.
Chez ceux qui avaient les concentrations plasmatiques d’EPA + DHA les plus élevées au départ, le traitement par vitamines B était associé à un ralentissement plus important de l’atrophie cérébrale par rapport au placebo.
Chez les participants ayant les taux d’oméga-3 les plus faibles, cet effet n’était pas observé.
La différence rapportée atteignait environ 40 % dans le groupe présentant le statut en oméga-3 le plus élevé.
Une autre analyse de VITACOG s’est intéressée à la cognition et à l’évolution clinique.
Parmi les participants ayant le meilleur statut initial en oméga-3, environ 33 % de ceux ayant reçu les vitamines B présentaient des signes de déclin sur une échelle clinique après deux ans, contre 59 % sous placebo.
Le DHA semblait davantage associé à cette interaction que l’EPA. Oméga-3 et vitamines B ce que…
Ces résultats sont intéressants.
Mais ils ne permettent pas à eux seuls de conclure que vitamines B + oméga-3 protègent le cerveau.
Parce que l’essai n’avait pas été conçu pour tester cette interaction.
Il avait été conçu pour étudier les vitamines B.
Le rôle du statut en oméga-3 a été analysé après coup.
On parle d’analyse post hoc.
Dans ce type d’analyse, les chercheurs utilisent les données d’un essai terminé pour explorer une question qui n’était pas son objectif principal.
Cela peut faire apparaître des hypothèses intéressantes.
Mais ce n’est pas équivalent à un essai conçu dès le départ pour comparer :
Dans l’analyse d’imagerie de VITACOG, certains sous-groupes ne comptaient qu’environ 27 à 28 personnes.
Les auteurs eux-mêmes présentent donc leurs résultats comme une hypothèse nécessitant de nouveaux essais.
L’essai OmegAD a apporté une observation allant dans ce sens.
OmegAD portait sur 171 personnes atteintes d’une maladie d’Alzheimer légère à modérée.
Pendant six mois, elles ont reçu soit :
1,7 g de DHA + 0,6 g d’EPA par jour
soit un placebo.
Une analyse publiée ultérieurement a ensuite réparti les participants selon leur taux d’homocystéine initial.
Chez les participants dont l’homocystéine était inférieure à 11,7 µmol/L, les chercheurs ont rapporté de meilleurs résultats sur certaines mesures cognitives et cliniques dans le groupe recevant les oméga-3.
Cela semble constituer le miroir de VITACOG :
dans VITACOG, les vitamines B semblaient davantage agir lorsque le statut en oméga-3 était élevé ;
dans OmegAD, les oméga-3 semblaient davantage agir lorsque l’homocystéine était basse.
Mais là encore, il s’agit d’une analyse post hoc.
Elle ne suffit donc pas à démontrer l’existence de l’interaction.
Consultez aussi : Oméga-3, oméga-6 : et si le vrai sujet était l’équilibre ?
Si toutes les études allaient dans le même sens, l’hypothèse serait beaucoup plus convaincante.
Ce n’est pas le cas.
L’étude FACIT donne même un résultat opposé.
Contrairement à VITACOG, les chercheurs ont observé de meilleurs résultats sur certains critères cognitifs chez les participants ayant les taux d’oméga-3 les plus faibles.
Chez ceux qui avaient les concentrations les plus élevées, aucun avantage clair n’était observé.
Et, cette fois, l’interaction semblait davantage associée à l’EPA qu’au DHA.
Pourquoi cette différence ?
FACIT a suivi 791 personnes âgées de 50 à 70 ans, sans trouble cognitif, présentant un taux d’homocystéine relativement élevé.
Pendant trois ans, les participants ont reçu :
800 µg d’acide folique par jour
ou
un placebo.
Une analyse publiée en 2021 a étudié si le statut en oméga-3 modifiait les effets observés.
Contrairement à VITACOG, les chercheurs ont observé de meilleurs résultats sur certains critères cognitifs chez les participants ayant les taux d’oméga-3 les plus faibles.
Chez ceux qui avaient les concentrations les plus élevées, aucun avantage clair n’était observé.
Et, cette fois, l’interaction semblait davantage associée à l’EPA qu’au DHA.
Pourquoi cette différence ?
Plusieurs explications sont possibles :
Mais nous ne savons pas quelle différence explique réellement le résultat.
Pour compléter votre lecture : Quel oméga-3 pendant la grossesse ?
Une autre analyse néerlandaise, issue de l’essai B-PROOF, apporte un résultat intermédiaire.
Les participants avaient 65 ans ou plus et présentaient un taux élevé d’homocystéine.
Ils avaient reçu pendant deux ans :
400 µg d’acide folique
et
500 µg de vitamine B12
ou un placebo.
Parmi les 191 participants pour lesquels les oméga-3 avaient été mesurés, les vitamines B semblaient mieux préserver certains scores de cognition globale chez les personnes présentant davantage de DHA.
Mais cet effet était limité.
Aucune interaction claire n’était observée avec :
Les auteurs parlent eux-mêmes d’une analyse exploratoire sur un effectif trop faible pour permettre une conclusion définitive.
Vous pouvez aussi aimer : Les oméga-3 sont-ils bons pour le cœur
Oui.
Et c’est important, car c’est le type d’étude nécessaire pour tester directement l’hypothèse.
La méthode idéale consiste à comparer :
C’est ce qu’on appelle un plan factoriel.
Il permet de déterminer si l’association apporte réellement quelque chose de plus que chacun des nutriments pris séparément.
Un essai publié en 2021 a réparti 240 personnes âgées présentant des troubles cognitifs légers en quatre groupes pendant six mois.
Les interventions étaient :
ou
Selon les résultats publiés, les trois interventions actives ont obtenu de meilleurs résultats que le placebo sur certaines mesures, et l’association acide folique + DHA faisait mieux que les nutriments pris séparément sur plusieurs critères.
Ce résultat est intéressant.
Il ne suffit néanmoins pas encore à établir une recommandation générale.
L’essai doit notamment être reproduit par d’autres équipes et dans d’autres populations.
Une autre publication de la même équipe portant également sur DHA et acide folique a par ailleurs été rétractée en 2023.
Cela ne signifie pas que l’essai précédent est faux.
Cela constitue simplement une raison supplémentaire de demander une confirmation indépendante avant de modifier les recommandations nutritionnelles.
Si nous mettons les principales études côte à côte, nous obtenons ceci :
Le constat est donc clair : plusieurs études suggèrent une interaction entre vitamines B, homocystéine et oméga-3, mais leurs résultats ne sont pas suffisamment cohérents pour démontrer qu’une association améliore la cognition ou la mémoire.
Non, les données actuelles ne permettent pas de recommander cette association spécifiquement pour améliorer la mémoire.
C’est probablement la réponse la plus importante de cet article.
Les études fournissent une hypothèse intéressante :
le statut en oméga-3 pourrait modifier certains effets observés avec les vitamines B ;
et le statut en vitamines B ou en homocystéine pourrait modifier certains effets observés avec les oméga-3.
Mais une hypothèse biologique plausible n’est pas encore une recommandation clinique.
Les résultats :
Un complément associant oméga-3 et vitamines B ne peut donc pas être présenté aujourd’hui comme plus efficace pour la mémoire qu’une prise séparée ou qu’une alimentation couvrant correctement les besoins.
Pas systématiquement.
L’homocystéine peut être dosée dans le sang, mais son interprétation dépend du contexte médical.
Un taux élevé peut notamment être influencé par :
Une valeur d’homocystéine ne doit donc pas être utilisée seule comme un « test du cerveau » ou comme la preuve qu’une supplémentation en vitamines B est nécessaire.
La décision de la mesurer appartient au professionnel de santé selon le contexte clinique.
Ces recherches ne changent pas les repères nutritionnels établis.
Il reste pertinent d’assurer :
Pour le DHA, la réglementation européenne reconnaît sa contribution au fonctionnement normal du cerveau à partir de 250 mg par jour.
Pour les vitamines B, les rôles et besoins dépendent de chaque vitamine.
L’objectif n’est pas de multiplier les compléments dans l’espoir de créer une « synergie cognitive ».
Il est d’abord de couvrir correctement les besoins nutritionnels.
Si vous constatez une modification inhabituelle de votre mémoire, de votre concentration ou de vos capacités cognitives, parlez-en à un professionnel de santé plutôt que d’essayer de la corriger seul avec des compléments.
L’hypothèse d’une interaction entre oméga-3, vitamines B et cerveau est scientifiquement intéressante.
Elle repose à la fois sur des mécanismes biologiques plausibles et sur plusieurs observations réalisées chez l’être humain.
VITACOG suggère que certains effets des vitamines B pourraient dépendre du statut en oméga-3.
OmegAD suggère qu’une réponse aux oméga-3 pourrait dépendre du niveau d’homocystéine.
Mais FACIT donne un résultat inverse.
B-PROOF ne confirme l’interaction que partiellement.
Et le principal essai ayant directement associé DHA et acide folique demande encore à être reproduit.
Il existe une piste scientifique crédible d’interaction entre oméga-3 et vitamines B, mais pas encore de preuve suffisante pour recommander leur association afin d’améliorer la mémoire ou de prévenir le déclin cognitif.
La priorité reste de couvrir correctement les besoins nutritionnels en oméga-3 et en vitamines B.
Les études disponibles suggèrent une interaction possible, mais elles ne permettent pas actuellement de recommander systématiquement l’association.
Les principaux résultats sont encore exploratoires ou contradictoires.
Ce n’est pas démontré.
Certaines études réalisées chez des personnes âgées ou présentant des troubles cognitifs ont observé des interactions intéressantes, mais aucune preuve suffisamment robuste ne permet d’affirmer que l’association améliore la mémoire.
Les études citées concernent principalement :
Elles interviennent notamment dans différentes étapes du métabolisme de l’homocystéine.
Les vitamines B6, B9 et B12 interviennent dans différentes réactions permettant de métaboliser l’homocystéine.
Un taux élevé peut être associé à un statut insuffisant en certaines vitamines B, mais il peut aussi avoir d’autres causes.
Pas nécessairement.
Les vitamines B participent à son métabolisme, mais l’homocystéine peut également être influencée par l’âge, la fonction rénale, certains médicaments, la génétique et d’autres facteurs.
Le DHA occupe une place particulière en raison de sa présence dans les membranes du cerveau.
La réglementation européenne reconnaît qu’il contribue au fonctionnement normal du cerveau à partir de 250 mg par jour.
Les études ne donnent pas une réponse unique.
Dans VITACOG et B-PROOF, le DHA semblait jouer un rôle plus important.
Dans FACIT, l’interaction observée semblait davantage liée à l’EPA.
Cette contradiction fait précisément partie des raisons pour lesquelles aucune conclusion définitive n’est possible aujourd’hui.
Les études présentées ici ne permettent pas d’affirmer que l’association d’oméga-3 et de vitamines B prévient la maladie d’Alzheimer.
Les recherches portent sur des marqueurs ou des populations spécifiques et ne permettent pas une telle conclusion.
Aucun ensemble de preuves suffisamment solide ne permet actuellement de l’affirmer.
Un produit combinant ces nutriments ne doit donc pas être présenté comme supérieur simplement parce qu’il les associe.